La gourmandise

Quand j’étais enfant, je me souviens avoir été très gourmand. Je n’étais pas le dernier pour manger et j’adorais, comme beaucoup, manger de « bons » plats, du moins en apparence.

Vous avez sans doute eu comme moi l’impression qu’être gourmand était une qualité. Sans doute aussi avez-vous eu vos parents et vos grands parents qui ne pouvaient s’empêcher de vous resservir à table et qui se félicitaient de votre gourmandise, n’hésitant à remettre ça sur le devant de la scène régulièrement auprès de leurs amis.

Vous pensiez, comme moi à l’époque, qu’être gourmand, c’était génial, une vraie qualité humaine.

A l’âge adulte, on appelle cela être un bon vivant et c’est encore une fois très très bien vu.

Mais c’est quoi être un bon vivant et n’y a-t-il pas là un réel problème de compréhension du monde qui nous entoure à prendre cela comme une qualité, un bon point ?

Il y a moins d’une semaine, je parlais avec l’un de mes élèves de la gourmandise mais pas au niveau alimentaire, plutôt dans la vie en générale parce que je crois que l’on nous a mal éduqué, mal appris comment se comporter.

En effet, je définirais l’extrême de la gourmandise comme le fait de croire que l’on peut tout avoir en même temps.

Si j’ouvre le dictionnaire, la gourmandise se définit par :

  • Fait d’avoir envie de manger plus que de raison, plus que de besoin
  • C’est un synonyme du mot avidité qui signifie « désir ardent et immodéré »
  • C’est un caractère de personnalité au sens plus général

Clairement, ne voyez-vous pas le problème avec la gourmandise ?

Pendant des années, peut être même des dizaines d’années, on nous a appris que la gourmandise, c’était bien alors qu’il ne s’agit, ni plus, ni moins, que d’une traduction « sympathique » de l’enfant pourri, gâté qui veut tout sans en avoir vraiment besoin, sans que cela contribue réellement à son bonheur.

Cette situation vous semble peut-être familière ?

Évoluant dans le milieu de la musculation depuis 2001 et ayant ouvert ma première société à ce sujet en 2006 (Vous pouvez voir toutes mes activités en rapport sur cette page), je définirais la gourmandise comme étant le fait de vouloir tout en même temps.

C’est d’ailleurs le problème de nombreux débutants dans cette activité et même dans la vie : Ne pas savoir ce qu’elles veulent.

Ou plutôt vouloir à la fois prendre du muscle, prendre du poids, perdre du gras, prendre de la force, courir plus vite, faire un marathon…

Le problème de la clarification d’objectif peut donc s’expliquer en partie par ce vilain défaut qu’est la gourmandise immodérée.

Si nous réfléchissons quelques secondes, nous nous rendons bien sur compte que les louanges que nous recevions enfant pour féliciter notre gourmandise était une erreur.

Il n’y a aucun mérite à manger plus que ses besoins, à se resservir et à être bien portant (Si l’on mange plus que ses besoins régulièrement, c’est ce qui fini par arriver : On prend du poids et du gras).

D’ailleurs, comment finissent les personnes qui sont très gourmandes et qui veulent donc tout à la fois ? Je suis sur que vous connaissez la réponse.

C’est simple. Elles finissent par ne jamais rien accomplir car elles ne savent pas faire de choix et ne peuvent donc pas avancer.

Souvent critiqué, les extrêmes, c’est à dire les personnes qui ont une soif insatiable de « réussite » dans un domaine sont à l’inverse, non pas des gourmands, mais des gens extrêmement concentré sur leurs objectifs, sur leurs priorités délaissant alors divers domaines de leurs vies.

Cela est parfaitement illustré dans la biographie de Warren Buffet que je vous recommande chaudement.

Amateurs de biographie et d’autobiographie en tout genre, je pense que la gourmandise à tous les niveaux est un défaut à fuir et à reconsidérer.

Est-ce que vous souhaitez passer votre vie à vagabonder sans atteindre aucun objectif ? Je peux concevoir que pour certaines personnes, cela soit le cas mais pour vous, qui me lisez, qui aspirez à être des Leader pour vous-mêmes et par la même des exemples pour votre entourage plus ou moins proches ?

C’est pour cela que l’une des premières étapes que je mets en place avec mes élèves est de clarifier leurs objectifs et si besoin, de prendre la décision pour eux, sachant ce qui va les amener vers une sorte d’épanouissement « physique » concernant mon domaine de prédilection.

Par exemple, vouloir grossir sur la balance alors que l’on est déjà un peu gras n’a aucun intérêt et est contre-productif au possible. C’est pourquoi je tranche, tout de suite, grâce à mon expérience.

A l’inverse de la gourmandise se trouve l’obsession, c’est à dire le fait de ne penser qu’à un et unique objectif, qu’à une seule activité.

Ayant été obsédé dans diverses périodes de ma vie par différents sujets, en fonction des périodes et de mes objectifs du moment comme lors de la construction de SuperPhysique ou de l’explosion de mes services en 2011, je pense que cela m’a permis de comprendre qu’il s’agissait plutôt, pour être épanoui et atteindre ses différents buts, de compartimenter sa vie.

Nous avons, d’après différentes expériences, que nous avons en moyenne 4 heures de concentration et d’attention par jour. Passé ce temps, vous vous en êtes déjà peut être rendu compte, nous devenons beaucoup moins efficace.

Cela signifie, personnellement, qu’après avoir écrit un long article pour l’un de mes sites, je suis rincé et plus bon à rien à ce sujet. Je n’y arrive plus et tout ce que je fais, si je continue, c’est d’écrire au ralenti, sans enthousiasme ou presque, avec peu d’efficacité et du contenu que je relirais sans doute le lendemain qui ne me conviendra pas.

C’est pourquoi je pense qu’il est possible d’être multi-tâches mais en priorisant et en s’organisant pour, c’est à dire en faisant preuve de discipline et de rigueur.

Si je me dis que j’écris un article de 9 à 11 heures chaque jour, c’est durant ce laps de temps. Il n’y a pas 11h05 ou 11h30…

L’heure, c’est l’heure et cela permet, je le crois, d’alterner différentes activités qui nous tiennent à cœur tout au long de nos journées pour les finir heureux.

La gourmandise à l’extrême serait de vouloir tout faire en même temps durant ce laps de temps alors que nous devons faire des choix et prioriser, tous le temps ou presque.

Personnellement, je me laisse toujours des moments dans mes journées où je ne fais rien (Bon, j’avoue, je n’y arrive pas toujours) pour me reposer, relaxer mon esprit, faire une pause.

J’alterne des activités intellectuelles avec des activités « sportives » parce qu’à un moment, je sature et que je peux être efficace dans un domaine complètement différent que de l’écriture là par exemple.

Un bon exemple du défaut de la gourmandise est la pratique sportive. Combien de personnes veulent tout faire à la fois ?

Elles veulent être plus musclées, plus fortes, courir plus vite, plus longtemps, escalader du 9A, faire le tour de France…

Et quel est le résultat à chaque fois ? Le surentraînement, c’est à dire l’impossibilité de continuer ainsi.

Pourquoi ? Parce que nos envies, cette gourmandise que l’on nous a inculquée comme une qualité, a ses limites dans la vie.

Nous ne pouvons pas tout faire et encore moins des activités qui se chevauchent si nous désirons exceller.

Personnellement, j’ai du mal à pratiquer des activités juste pour la pratique, le plaisir. J’ai toujours le besoin irréductible d’y astreindre un objectif, celui de progresser, de faire mieux, de devenir meilleur, comme une sorte de défi permanent avec moi-même (Je devrais d’ailleurs m’interroger à ce sujet : D’où cela vient-il ? J’ai une idée !)

Nous devons accepter et surtout prendre conscience que nous ne pouvons pas tout faire sans conséquence.

Nous avons aussi bien des limites physiques, que psychologiques en terme de concentration mais surtout des limites de temps.

Une minute ne dure que 60 secondes, une journée dure 24 heures, pas plus, pas moins et nous devons faire avec.

Je crois aussi que cette gourmandise exacerbée nous empêche de réellement profiter de la vie.

Si nous désirons tout avoir, succomber à toutes nos envies, tout de suite, maintenant, sans prioriser quoi que ce soit, comment pouvons-nous être dans l’instant présent ?

J’en ai encore eu un exemple hier sur la partie « Forum » de la Formation SuperPhysique que je dispense aux coach et aux pratiquants motivés en musculation où l’un des élèves se projetait dans le futur et se demandait comment il ferait à ce moment là pour tout concilier, pour tout avoir ?

Alors que la « solution » réside tout simplement d’agir au moment venu, quand cela arrivera et de ne pas projeter sa gourmandise de tout avoir alors que là, pour le coup, ce n’était pas possible.

Nos envies évoluent et je « crains » que pour beaucoup, les priorités se mettent en place d’elles-mêmes sans en avoir forcément pris toutes les mesures avant d’agir.

Afin de lutter contre la gourmandise, si vous en êtes vraiment « atteint », je vous conseillerais plusieurs choses :

  • La première : Ayez un plan avec un objectif global. Qu’est ce qui compte le plus pour vous aujourd’hui ? Vous pouvez choisir deux objectifs différents, voir trois, c’est à dire, par exemple « un sportif » comme perdre 10 kg, un « business » comme ouvrir un site internet votre thématique coup de cœur et un « psychologique » qui peut être de lire un livre par mois.
  • La deuxième : Découpez ensuite ses objectifs en petits objectifs. Si nous reprenons nos exemples, cela va être de perdre 300 grammes par semaine, d’écrire un article toutes les deux semaines et de lire 20 minutes par jour. Ainsi, cela devient beaucoup plus accessible, facile à intégrer
  • La troisième : Notez tout ce que vous avez en tête qui ne concerne pas vos objectifs prioritaires. Cela vous permettra d’évacuer vos pensées distrayantes et d’y revenir plus tard. Personnellement, si je ne fais pas ça, je peux avoir vraiment du mal à avancer sur ma thématique du moment en fonction de la journée. Extériorisez donc tout ce qui vous passe par la tête.
  • La quatrième : Si vous êtes vraiment gourmand et que vous aimez toucher à tout, incluez des périodes dans vos journées ou vos semaines pour faire cela, pour tester, vous amuser. Par exemple, j’adore aller au restaurant tester de nouveaux plats, de nouveaux goûts mais je ne vais pas le faire chaque jour pour plusieurs raisons évidentes. Par contre, une fois tous les 15 jours environ, je vais le planifier et cela ne m’empêchera d’avancer sur mes objectifs prioritaires. Sachez être tolérant et clément avec vous-même de temps en temps. Nous ne sommes pas vraiment des robots.

Pour conclure, vous devez savoir que la gourmandise poussé à l’extrême dans tous les domaines ne peut qu’être néfaste.

Si vous mangez trop tout le temps, vous deviendrez obèse avec toutes les futures maladies que cela implique.

Si vous adorez rouler vite en voiture tout le temps, vous aurez forcément un accident grave un jour.

Si vous souhaitez acheter toutes les nouveaux technologiques qui sortent, vous finirez ruiné.

Tout cela pour vous dire que tout est une question d’équilibre et de priorité.

Sachez accorder de l’importance à ce qui compte vraiment pour vous, sachez vous organiser en fonction et vous ménager.

Les extrêmes que cela soit la gourmandise ou l’obsession ne sont pas des qualités à leurs extrêmes objectivement parlant (Cf cet article sur la vérité).

Soyez un gourmand équilibré.

Rudy

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8 réponses
  1. Pierre Bouttier
    Pierre Bouttier dit :

    Super podcast,

    Je pense que le problème de la gourmandise est fortement lié aux émotions, qui vont nous influencer fortement sur le moment, sans penser aux conséquences. Prendre une part de gateau supplémentaire c’est satisfaire notre gourmandise, et donc notre désir (= émotion) sans penser aux conséquences physiques (= prendre du poids).

    Il me semble que tu avais déjà fait un podcast ou tu expliquais l’expérience en psychologie suivante (Walter Mischel à Stanford): on place un enfant dans une pièce, avec un chamallow. On le laisse seul dans la pièce pendant 15 minutes, en lui disant que si il ne l’a pas manger, il pourra en avoir un deuxième. Ils ont ensuite suivi ces enfants sur une longue période et on analyser les résultats: les enfants qui avaient su résister à la tentation immédiate avaient généralement mieux réussi dans la vie. (l’exemple peut porter à confusion car l’enfant va avoir deux fois plus de sucrerie, mais je pense que vous comprendrez le sens). Un article relativement bien écrit sur l’expérience pour ceux qui veulent développer le sujet (http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Comportement/Articles-et-Dossiers/Un-Chamallow-ou-deux/4)

    La leçon à tirer de cette expérience c’est que plus je contrôle mes actes, plus j’accrois mes chances d’aller dans la direction que je souhaite et pas dans les multiples directions où mes émotions veulent aller.

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    • Dav
      Dav dit :

      Je suis d’accord avec toi sur le fait de contrôler ses propres émotions. D’ailLeurs l’expzrience Que tu décris je l’ai lu dans l’intelligence émotionnelle de Daniel Coleman.

      Maintenant ici, j’ai l’impression que l’on parle de gourmandise dans les objectifs.
      J’ai moi même ce problème.
      En effet, je suis confronté à un dilemne. Je souhaite avoir un bon physique, acquérir de la force par l’interemédiaire de la musculation. En même temps je souhaite devenir un excellent danseur et également un bon combattant (en sport de combat) Ces activités en soi sont compatible ensemble, je pense. Mais le facteur temps m’en empêche quelque part parce que j’ai un boulot et des enfants, une femme, donc je voudrais être un bon paternel.

      Du coup, je dois prioriser mes objectifs, mais comment? Je suis gourmand parce que j’aimerais remplir tous ces objectifs.
      Dans mon cas, est ce que ma gourmandise est « mal »?
      N’empeche que ça en reste frustrant de ne pas pouvoir manger tous les gâteaux.

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  2. Insaf
    Insaf dit :

    Merci pour ce très bon podcast ! Vous soulignez bien notre besoin de surconsommation permanent. Il nous faut réussir à se débarrasser de ce qui n’est pas essentiel, vital. C’est dur dans cette société où règne les apparences (sujet qui me rappelle un autre très bon podcast d’ailleurs), parce-que nous consommons pour nous et surtout pour les autres lorsqu’on nous achetons des téléphones dernier cri ou des vêtements hors de prix, etc… La gourmandise est un vilain défaut qui nuit à notre santé, à notre esprit de partage et à notre solidarité. La prise de conscience est nécessaire, c’est un effort difficile pour tous mais bénéfique sur le long terme.

    De la discipline nait la liberté… 😉

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  3. Karl
    Karl dit :

    Merci pour ces nombreux exemples pratiques qui sentent le vécu et dans lesquels je me suis parfois retrouvé. Nous avons tous nos petits pêchés, et il me paraît important de les repérer pour ensuite, non pas les combattre, mais les limiter, les résonner. Je fais notamment référence à ton Superphysique podcast sur la nutrition. L’excès n’est jamais bon, dans aucun domaine assurément. Et il me semble pourtant vrai que nous ne pouvons pas vivre dans de bonnes conditions mentales en nous limitant en excès. Par exemple je suis passionné de moto : j’essaye de ne pas cramer tout mon argent dans cette passion, mais je m’autorise parfois l’achat d’une pièce pour améliorer la mienne. J’aime le fromage (j’adore même) mais je n’en mange pas à tout les repas. « LE bonheur est fait d’une multitudes de petits bonheurs simples. » La complexité réside dans le fait de surfer pour trouver le bon équilibre, ne pas se frustrer à l’extrème, mais ne pas craquer à la moindre occasion. Et je suis d’accord avec toi, il faut être capable de se remettre en question. On aime se mentir, c’est la voie de la facilité.

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