Récompense

Comme vous le savez, cela fait quelques années que j’organise des compétitions un peu particulière.

Je dis cela car habituellement, celles-ci récompensent les premiers, les mettent à l’honneur, limite sur un piédestal au détriment des autres participants.

Or, j’ai choisi de ne pas mettre en avant une personnalisé mais un groupe.

De mettre autant en avant le premier que le dernier.

De ne pas récompenser plus le premier que le dernier.

Et surtout d’accord autant d’importance à tous les participants.

Alors régulièrement, je me confronte à l’esprit humain telle qu’il est à la base, rempli d’ego, de perfidie (j’ose), écrasant envers quiconque est jugé comme adversaire.

On part alors du principe, implicitement, que le premier « mérite » plus d’attention car il aurait fait plus d’effort que celui qui finit deuxième, troisième, ou quarantième.

Il aurait mérité sa place car comme le monde est juste, celui qui agit au mieux, fini forcément premier.

Malheureusement, nous avons vu ensemble que le monde était injuste et que Calimero avait bel et bien raison (Cf cet article).

En ce sens, le premier n’est pas forcément, j’oserais dire rarement, le plus méritant, celui qui agit au mieux.

C’est d’ailleurs un problème dans une société où l’on accorde surtout de l’importance à celui qui gagne.

Quand on voit parfois ce que font les premiers et que l’on n’a pas le recul nécessaire, l’expérience, on peut s’imaginer qu’il faut les copier, en sous-estimant l’importance de la sélection naturelle.

Par exemple, en musculation, à un moment, il y a eu la mode de l’IIFYM, une manière de s’alimenter qui consiste à consommer 80% d’aliments sains et 20% de Junk-food.

A la base, cela partait de l’observation d’athlètes de haut niveau qui avaient besoin de consommer plus de 5000 kcalories par jour et pour qui, les quantités de nourriture devenaient tellement astronomiques, qu’ils étaient incapables d’y arriver sous peine d’avoir toujours l’estomac prêt à exploser.

Vint alors l’objectif que pour atteindre ce quota de kcalories, ils consommaient environ 20% de leurs rations sous forme d’aliments non-recommandés habituellement.

De là, est donc parti, cette mode que de nombreuses personnes ont appliqués sans en avoir véritablement le besoin puisqu’elles pouvaient ne consommer que des aliments sains pour atteindre leurs totaux kcaloriques.

Les résultats ?

Comme vous vous en doutez, bien en deçà de ce que beaucoup pouvaient en attendre car il est logique que manger sain, si c’est possible, est préférable. Il n’y a même pas de débats à avoir.

Cela est juste un exemple pour vous montrer que l’extrapolation à partir d’exceptions donnent rarement entière satisfaction.

Reprenons notre fil après cet aparté.

Personne ne se souvient jamais du deuxième à moins qu’il s’appelle Raymond Poulidor, encore moins du troisième.

La « gloire », la reconnaissance n’est promis qu’aux gagnants.

Conscient de tout cela, j’essaie de faire ma part en organisant des compétitions via mon site du Club SuperPhysique dont l’apothéose chaque année sont les SuperPhysique Games au début de l’été (Cette année, ce sera le 29 juin au SuperPhysique Gym à Annecy et vous êtes évidemment les bienvenus) et où chaque participant est traité de la même façon, a la même importance.

J’essaie de changer les règles du monde, tout en ayant conscience que j’ai moi-même de l’ego et que je souhaite gagner, que je fais au mieux pour me présenter à mon meilleur niveau.

Mais si malgré tout cela ne suffisait pas, ce qui est arrivé chaque année depuis leurs créations, je suis tout aussi content intérieurement du résultat à partir du moment où je n’ai pas de regrets à avoir.

Parce que mon credo, ce qui m’anime plus que tout est : « Ensemble pour faire mieux que seul » ou encore « L’union fait la force ».

J’ai compris au fil des années que la course à l’écrasement des autres n’avaient aucun intérêt si ce n’était de s’isoler.

Que rien ne servait de gagner si c’était pour gagner seul.

Et surtout que gagner ensemble, faire mieux ensemble était bien plus épanouissant.

On en revient à la différence fondamentale qui existe entre le plaisir et le bonheur.

Je préfère être heureux, transmettre du bonheur que d’éprouver du plaisir seul dans mon coin, le plaisir égoïste d’avoir écrasé les autres sans avoir rien partagé.

A mettre l’accent sur la victoire, notamment dans les activités physiques de courtes durées, que je qualifierais de « facile » à mes yeux, nous agissons à l’inverse de l’entraide.

C’est comme si ce genre d’activités développait, mettait en avant l’ego, ce que l’on ne retrouve pas dans les sports que je qualifierais de durs comme les sports de combats, les sports de longue durée où, d’après moi (à débattre), la « souffrance » apprend à être humble et à se faire « petit ».

Nous poussons vers l’individualisme à son paroxysme, au « moi, je » ce qui ne peut que mal finir.

Si je vous parle de tout cela, c’est parce qu’actuellement, de nombreuses réflexions m’amènent à une remise en question.

En effet, je me rends compte que lorsque l’on n’a pas bien compris les deux principales règles que j’ai tiré de la lecture du livre « Mon Utopie » d’Albert Jacquard à savoir :

« La définition de chacun inclut les autres »

« Nous sommes les liens que nous tissons »

On fait complètement fausse route.

On se met en quête de reconnaissance, de récompense.

On veut être mis sur la première marche, aujourd’hui souvent sans rien faire de particulier, sans apporter aucune valeur.

J’en veux pour preuve un récent documentaire « Complément d’Enquête » qui retraçait la « vie » (si on peut appeler ça vivre) de « Star » de la télé-réalité qui étaient en quête de reconnaissance.

Qui participaient et voulaient encore participer à des émissions débiles pour être reconnu dans la rue, pour recevoir des crèmes ou des vêtements en cadeau, pour être suivi par des milliers de jeunes et les influencer.

A quoi cela sert concrètement de recevoir un cadeau dont nous n’avons besoin avec une intention mercantile derrière ?

Ne vaut-il pas mieux recevoir un cadeau dont on a besoin de quelqu’un que l’on connaît ? J’en suis plus que persuadé, même si celui-ci ne nous « plaît » pas car l’intention de faire plaisir est égale au bonheur, à un moment partagé.

J’ai ainsi découvert que ce monde que je ne connaissais pas, puisque je m’en suis coupé depuis des années, sombraient de plus en plus.

Que l’on avait oublié qu’être reconnu n’avait aucun intérêt.

Cela me rappelle un souvenir.

Je crois que c’était en 2013 ou 2014, je ne sais plus exactement mais je m’étais rendu à une compétition de musculation qu’un ami organisait non loin d’Annecy.

Qu’elle ne fut ma surprise de voir un jeune homme d’environ 17 ans, pleurer en me voyant tellement il était « fan », tellement il était ému que je sois là.

Pourtant, je ne participais pas à la compétition, j’étais habillé normalement, dans un coin à regarder sans faire de bruit.

Je ne méritais pas ça.

A l’inverse de ces « Stars », cela m’a mis mal à l’aise car ce n’était pas ce que je voulais transmettre. Cela n’avait rien à avoir avec ce que j’essayais de faire depuis des années comme je fais depuis maintenant un peu plus d’un an avec LeaderCast, c’est à dire de donner des cartes pour que chacun prenne son indépendance et ne soit dépendant de la pensée de personne.

En musculation, c’est ce que je fais notamment avec les différents Tomes de la Méthode SuperPhysique et encore plus avec ma Formation SuperPhysique.

Alors cela m’interpelle sur le besoin de reconnaissance ?

Quel intérêt existe-t-il à être reconnu ? A être admiré ?

Quel est le but d’avoir des fans ? D’avoir des gens qui pleurent quand ils vous voient ?

Quand je regarde des documents où je vois des personnes qui n’ont même pas 30 ans écrire leurs autobiographies, je me dis que l’on touche véritablement le fond.

Quand on en est à au tiers de sa vie, comment peut-on écrire sa biographie alors que l’on vient de commencer à « vivre » ?

Le pire, c’est que personne ne dit rien, que personne ne prend la parole pour remettre le monde à l’endroit.

Alors je vais me permettre d’apporter quelques observations.

La première, c’est que lorsque l’on est fan de quelqu’un, c’est que l’on manque de personnalité.

Quand on est enfant ou adolescent, je peux le « concevoir » mais lorsque l’on est adulte, cela dénote clairement d’un manque de confiance en soi, d’un problème pathologique.

Il faut comprendre, assimiler, vraiment intégrer que personne n’est meilleure que vous, que personne n’a plus de mérite que vous.

J’ai défendu pendant des années la notion de mérite mais plus le temps passe, plus je pense que l’on « tombe » sur son chemin et quand on le trouve, on le suit et on y excelle plus ou moins.

La vraie problématique est donc de trouver sa voie (Cf ce LeaderCast)

Parce qu’une fois que l’on a trouvé, je ne sais plus si on peut parler de mérite.

Parce que l’on fait ce que l’on aime, sans se forcer, sans penser une seule fois à la notion de sacrifice.

Quand je mange mon riz avec des oeufs au petit déjeuner, j’en parlais encore hier avec des amis, je me régale quand pour la majorité, c’est une infamie.

Alors finalement, on est fan de quoi ?

De quelqu’un qui s’est trouvé et qui fait ce qui lui semble naturel ?

De quelqu’un qui travaille d’arrache pieds mais parce que c’est lui, tout simplement ?

J’ai envie de croire que les choses s’imposent à nous quand on est dans son chemin, dans sa voie.

Rien n’est calculé, cela se fait ou ne se fait pas.

Alors, oublions déjà cette notion de fan.

On peut admirer un parcours, s’y intéresser mais en sachant que nous devons faire notre propre parcours.

Être un fanatique n’a aucun sens et est une erreur.

C’est pourquoi j’en arrive à la deuxième observation :

La récompense, ce n’est pas ce que vous croyez.

Quand on était enfant, à l’école et que l’on avait de bonnes notes, on avait le droit à une image de la part du maître ou de la maîtresse.

Puis, souvent, nos parents nous récompensaient également.

On était gâté : On avait un nouveau t-shirt, une nouvelle paire de basket, un nouveau jeu… Parfois même, on avait de l’argent de poche (Je n’en ai jamais eu personnellement mais ca se faisait à mon époque).

Alors je vais le dire clairement : On a été mal habitué, mal éduqué.

On nous a fait croire que si on était meilleur que son voisin (Selon les standards de la société), on méritait plus, on devait recevoir plus.

Que si on était meilleur que son camarade de classe, c’est qu’on le méritait, qu’on avait travaillé pour.

Si je prends mon exemple, jusqu’au lycée, je n’ai pratiquement jamais fait mes devoirs. Je suis né avec une bonne mémoire.

J’écoute d’une oreille, je retiens tout (un peu moins avec les années mais à mon avis, cela provient du trop grand flux d’informations que je consulte).

Ainsi, durant toute ma scolarité classique, j’ai toujours été dans les premiers de la classe, parfois même le premier ce qui contrastait avec mon comportement « rebelle » qui exaspérait les professeurs.

J’avais toujours 16, 17 de moyenne général.

Est ce que je méritais plus que celui qui avait 11 ou 12 et qui travaillait chaque soir ? Bien sur que non.

La récompense, elle n’est pas individuelle. Elle doit être collective.

Elle doit être dans le partage de bonnes ondes, dans le fait d’avancer en tant que groupe, que collectivité.

Elle n’est pas d’avoir la dernière voiture et de faire « rager » tout le voisinage qui ne peut pas se la payer, qui fini par devenir jaloux, par vous cracher dessus dans votre dos.

Elle n’est pas dans l’individualisme poussée à son paroxysme.

On récompense une équipe qui gagne car on est conscient qu’un jour, peu importe qui, ne fait pas gagner un match seul.

Dans la vie, même si on a l’impression que certains réussissent seuls, ce n’est qu’une impression car la vérité est tout autre.

Enfin, ma troisième observation est que l’on est déjà tous premier, qu’on est déjà tous son propre numéro un.

Qu’il n’y a pas à faire de comparaisons outrancières entre des individus différents, ce que nous sommes tous.

Qu’il n’y a pas, en théorie, à faire de catégories pour comparer les gens.

Que si l’on prend la compétition comme la vérité, c’est à dire celle de dire à la fin « Je suis le meilleur », on se trompe clairement.

La compétition, pris au sens commun, pervertit.

Mais si la compétition existe également, c’est, de mon point de vue, pour se tirer vers le haut ensemble.

Pour se fédérer, pour se motiver, pour s’encourager.

Et alors en ce sens, il ne doit pas y avoir de glorification d’un faux premier.

Parce que pour être premier, meilleur que les autres, faudrait-il encore pouvoir véritablement faire une vraie compétition objective.

Et cela n’existe pas, n’existera jamais.

Cela sera toujours subjectif.

Mais alors si vous comprenez que c’est pour le meilleur et non pour le pire, alors peut être que vous serez récompensé.

Bien plus que par une médaille, bien plus que par de l’argent si vous êtes professionnels mais par un réel bonheur, collectif et une sensation d’épanouissement, de ne faire qu’un avec le monde.

Parce qu’en fait, vous aurez compris.

Que la récompense, ce n’est pas d’écraser les autres.

Qu’être premier mais seul n’est pas souhaitable.

Parce que la vraie récompense, c’est d’être heureux.

Parce que le bonheur, ca se partage.

Vous êtes déjà premier.

Ne l’oubliez pas.

Rudy

Ps : Si cet article vous a plu, je vous invite à lire ma compilation des points communs entre toutes les personnes qui atteignent leurs objectifs. Ce n’est pas une garantie de réussir mais il n’y a qu’en agissant que l’on peut avoir une chance de réussir.

7 réponses
  1. Mat East
    Mat East dit :

    Nul besoin de médailles individuelles lorsque l’on ressent le bonheur du groupe 🙂

    Encore un très bon podcast Rudy, et en tant qu’enseignant en nutrition du sport depuis plusieurs années maintenant, je suis d’autant plus touché par ton introduction.

    Le véritable épanouissement, c’est la transmission du savoir !

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  2. Kevin Facon
    Kevin Facon dit :

    Super podcast Rudy.
    Je suis enseignant de judo et également compétiteur et je peux t’assurer que même dans les arts martiaux, on glorifie le gagnant, on le fait monter sur cette boîte qu’on appelle podium, on lui donne une récompense car il a battu tous les autres. Bref, on reproduit les mêmes schémas qu’ailleurs.
    Bien sûr, au sein des clubs, entre membres, on tente de respecter la maxime du judo qui est « entraide et prospérité mutuelle » mais même là on se rend compte que l’ego rentre encore dans l’équation. Cela entraîne des tensions, entre pratiquants, entre membres ou même entre professeurs…

    Ma question : comment réussir à inculquer des valeurs plus saines à nos jeunes quand tout un système les formate dans l’autre sens ?

    Je n’ai pas trouvé la réponse encore..

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  3. Simon
    Simon dit :

    Hello Rudy,
    Super réflexion cependant, je ne suis pas du tout d’accord.
    Pour s’en sortir dans la vie, il faut avoir la hargne, vouloir être le meilleur, vouloir être premier. Sinon on ne fait rien.
    Les compétitions sont un moteur, si on ne travaille pas pour être premier, alors on se résigne à être médiocre et moyen.
    Je pense que tu en es toi même arrivé là en voulant être le premier, aussi bien physiquement que dans les autres secteurs.
    Si on veut être le premier, il faut vouloir être le premier.
    Il ne faut pas confondre le fait de courir après des débilités (reconnaissance par des personnes sans intérêt, médailles inutiles, tee-shirt de finisher), et le fait de courir après de vrais objectifs (l’argent, être champion, être le meilleur dans son domaine, etc).
    Je trouve que ta réflexion c’est comme conseiller de s’entraîner au poids de corps alors qu’on a obtenu son physique en faisant de la musculation en salle 🙂

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    • Belinguier Jérôme
      Belinguier Jérôme dit :

      Salut Simon je viens de regarder la vidéo numéro 2 de La Formation Méthode SP qui est : Résultats vs Objectifs. Rudy y donne un exemple assez concret sur du Rowing planche ou encore Mickaël Phelps. En bref tu peux donner le meilleur de toi et ne pas être le premier. Mais tu ne sera pas mauvais pour autant

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  4. Jestin Kévin
    Jestin Kévin dit :

    Bonjour Rudy,
    je t’envoie ce message car à force d’écouter tes bons podcasts, je me posais une question.

    Quand je t’entends parler d’ambition, j’ai le sentiment que tu trouves ça négatif de ne pas en avoir, donc effectivement il faut avoir des objectifs sinon rien n’a de sens mais faut-il être entrepreneur, inventeur, auteur ou viser des postes élevés pour être heureux ?

    Je n’ai que 24 ans donc c’est peut être pour ça que ma vision diffère, mais à partir du moment où l’on fait ce qu’on aime, ce que l’on a envie tout en restant fidèle à ses valeurs, que l’on se sent heureux, est-ce mal de ne pas avoir d’ambition ?

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  5. philippe
    philippe dit :

    salut rudy,
    ça fait déjà quelques temps que je suis tes podcasts et honnêtement je te félicite pour ta sincérité et ton envie de partager ton expérience au plus grand nombre.
    Je me retrouve beaucoup dans la globalité de tes propos,je vis de ma passion depuis 1997 et il m’a fallu toujours croire en moi ,m’entourer des bonnes personnes et faire preuve d’une adaptation permanente pour en vivre toujours aujourd’hui.
    j’espère un jour pouvoir te croiser pour échanger un petit peu sur nos parcours,je vais aussi certainement très bientôt rejoindre ceux qui te soutiennent.
    je rajouterai pour conclure cette citation d’Albert jacquard  » l’important ce n’est pas de dépasser les autres mais de se dépasser grâce aux autres »
    Je pense que tu es d’accord avec moi?
    Bonne continuation

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  6. michel VARIN
    michel VARIN dit :

    tout à fait d’accord avec Albert Jacquard et Philippe, l’important est de se dépasser soi-même. il y a donc malentendu sur la « compétition ». je prendrai l’exemple de l’argent : les jeunes idéalistes disent volontiers que l’argent est une saloperie. l’argent de la finance, l’argent qui sert à acheter de l’argent, évidemment ; mais la convention monétaire qui te permet de payer ta voiture avec un chèque plutôt que ramener 8000 sacs de blé au concessionnaire est plutôt pratique. donc le problème n’est pas tant la compétition que sa perversion. on peut encore en dire autant de l’amour, et si certains mariages ne sont que de la prostitution dissimulée à long terme, l’amour n’en est pas mauvais pour autant.
    bref cette émulation produite par l’affrontement avec les autres, tellement supérieure à celle produite par un chronomètre ou un mètre, les enfants la connaissent dès le plus jeune âge, et je pense que c’est la trace d’une de nos lointaines pulsions de chasseur; lorsqu’il pouvait être vital d’être le premier à attraper une proie. mais il faut savoir en jouer comme on se joue de nous-mêmes avec le fameux « viser 10 pour atteindre 7 ».
    pour répondre à ton clin d’oeil je sais qui était Raymond Poulidor, éternel second derrière le surhomme Anquetil. mais surtout j’ai toujours préféré l’humilité des cyclistes qui venaient clairement d’accomplir un exploit à l’hystérie grotesque qui surenchérit depuis des décennies sur les terrains de foot. j’ai fait quelques trucs dont je peux être fier, mais il ne faut pas oublier que même courir un marathon n’est que jouer à reproduire l’exploit de celui a couru d’Athènes à Marathon au péril de sa vie et par nécessité. c’est celui qui sauve une vie sur un champ de bataille qui devrait être acclamé de la sorte au retour parmi les siens.
    or pour extrapoler ou pour ta culture sportive, c’est justement en participant à des courses cyclistes de longue distance qui n’ont de course que le nom (bien souvent les coureurs ont une plage horaire d’une heure pour prendre le départ et un temps maximum pour terminer l’épreuve, le chrono ne tourne que pour soi) que j’ai trouvé le meilleur état d’esprit que je n’ai jamais seulement entrevu ailleurs. à la faveur d’un pause café (puisque sur plusieurs centaines de kms on est bien obligés de se sustenter) il m’est arrivé de voir un compagnon de route se réjouir sincèrement de voir que nous rattrapaient ceux que nous avions dépassés quelques heures plus tôt ; il était simplement content pour eux de voir qu’ils n’avaient pas craqué, et pour nous parce que nous serions désormais plus fort à six qu’à deux.
    mais le plus dingue est que ce genre d’épreuve même est encore un peu pourri par un classement et une médaille. on est très loin la compet’ qui relègue le deuxième et tous les autres au néant puisqu’ils n’ont pas gagné, néanmoins il existe une médaille pour ceux qui ont terminé l’épreuve. personnellement je m’en suis passé. je n’ai rien à prouver, pas de place sur mes étagères pour un bibelot de plus. j’en suis assez fier mais mes souvenirs sont dans ma tête, et je ne veux pas de ce truc qui prouve que. j’ai fait, il y a 8 ans ; je peux sans doute encore le faire, mais je ne veux même pas penser que « je suis capable de ». je préfère rester vivant.

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